
L’histoire de ce dessin débute il y a deux ans lorsque j’ai commencé la pratique du taïchi. Cette activité, souvent associée à des personnes grisonnantes, fait partie des arts martiaux dits « internes » dont l’idée première n’est pas d’assommer un éventuel adversaire. Voici la définition qu’en donne mon Maître : [le taïchi] constitue un art, à la fois corporel et mental, qui s’illustre par une synchronisation du Yin (le corps) et du Yang (l’esprit) ou, en d’autres termes, par une harmonisation de l’interne et de l’externe.
Harmonisation de l’interne et de l’externe… ce n’est pas ce qu’on imagine lorsque l’on voit des personnes réaliser un enchaînement plus proche d’une chorégraphie, ou d’un combat simulé au ralenti, qu’à autre chose.
Poursuivons. Durant l’apprentissage, on se rend compte que l’on est constamment en recherche d’équilibre, tantôt sur un pied, tantôt sur l’autre, tournant sur le talon, sur la pointe, ceci entraînant à regarder ses pieds. Mais observez les pratiquants, leur regard se promènent sans s’attarder ceux-ci, comme s’ils n’avaient aucun souci d’équilibre. Comment font-ils ça ? C’est là qu’intervient la posture de l’arbre qui, même si elle est statique, vous permet de percevoir les tensions, les instabilités et les déséquilibres de votre corps, de les corriger et ainsi, bon an mal an, vous aide dans votre pratique.
D’accord, on se met en arbre. Très vite (parce que ça commence à tirer dans les bras) la question du débutant arrive : combien de temps doit-on tenir ? Les aguerris vous diront qu’ils dépassent l’heure. Est-ce à dire qu’ils ont appris à endurer la douleur ? Non, ils ont appris à adopter une posture si parfaite, qu’il n’y a plus aucune tension, le temps qui passe n’est plus que méditation, le visage est détendu, l’esprit serein, ils sont dans la posture.
Cela m’a donné l’idée de ce dessin. Le triptyque montre les difficultés des débuts, lorsque tenir seulement dix minutes est déjà éprouvant ; la sérénité du pratiquant lorsqu’il est capable de tenir une heure et ce qu’il devient après dix ans de posture, un arbre. Ça a bien fait rire mon Maître.